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MIXCITY 2013 - La Bruxelloise : string ou caleçon ?

Article 9 - « Faire de la politique » se conjugue aussi au féminin.

Malgré une présence féminine en apparence, la politique n’est pas encore le milieu naturel des femmes. Si l’on gratte un peu, on découvre l’écart qui existe avec les hommes. Le sujet transcende les logiques partisanes. Françoise Bertieaux (MR) et Magda De Galan (PS) nous parlent de leur vécu.

Aujourd’hui à la retraite, Magda De Galan a commencé la politique en bas de l’échelle. Engagée syndicalement à la FGTB, elle s’inscrit en politique à l’âge de 29 ans. Et en 1983, André Degroeve alors bourgmestre, lui offre une place éligible sur la liste PS de Forest, ville dont elle deviendra la bourgmestre à deux reprises. Tout au long de sa carrière, elle a connu d’importants moments qui l’ont marquée : « J’ai travaillé avec Emilienne Brunfaut, une grande figure belge du féminisme. C’était l’époque où, à l’usine Bekaert, les ouvrières menaient leur combat pour avoir le même salaire que les hommes. Elles étaient classées dans une catégorie différente que celle des hommes ce qui justifiait la différence de salaire.» En 1981, 28 femmes travaillant dans l’entreprise de Fontaine-l’Evêque débrayaient après leur mise forcée au travail à mi-temps, au lieu du temps plein. Elles finissent par déposer plainte pour discrimination au Parlement européen et au tribunal du Travail.

« Un autre évènement marquant a été le droit des femmes à disposer de leur corps. » C’était en 1990 quand la loi Lallemand-Michielsen dépénalise partiellement l’avortement.   

 « La loi sur l’avortement a été portée par Roger Lallemand. Le gynécologue Willy Peers a également joué un rôle. Il n’y a pas que les femmes qui peuvent représenter les femmes. Un homme peut représenter et défendre leur intérêt mais les sensibilités de toutes les parties doivent être représentées. Les femmes doivent aussi pouvoir s’exprimer », ainsi s’exprime Françoise Bertieaux, présidente du réseau des femmes parlementaires de la francophonie.

Quand elle a commencé sa carrière, « on était très peu nombreuses, tant au niveau local qu’au niveau ministériel. Et on n’était pas toujours très bien accueillies. Un jour, un homme macho-sexiste m’a dit sur le marché : Retourne dans ta cuisine.  Occupe-toi de tes gosses. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.» Et des remarques, Magda De Galan en a aussi entendues : « Si une femme est élue, on disait que c’était une promotion-canapé, si elle travaillait mal, c’est qu’elle était mal baisée. Mais les femmes non plus ne sont pas tendres avec les hommes. »

Et aujourd’hui ?

« Le monde politique est très masculin, plus exigeant vis-à-vis des femmes, toujours aujourd’hui, notamment au niveau de la ponctualité et de la rentabilité. Et pourtant, j’ai connu plein d’hommes avec du retard pour cause d’agenda surchargé », souligne Magda De Galan.

Les femmes doivent-elles alors se masculiniser pour arriver à tenir le rythme ? Sûrement pas ! Françoise Bertieaux explique que ne plus être elle-même peut se retourner contre la femme politique : « On a une voix plus aigue. Si on crie, on paraît plus vite ridicule qu’un homme. Ça n’a aucun sens de crier comme un homme. La femme politique n’a pas besoin d’être une dame de fer, mais elle doit être solide, car on ne lui fera pas de cadeaux. On m’a toujours dit que pour réussir il faut faire deux choses, et je m’y tiens : préserver ma famille, mes amis, mes proches, mon métier, et faire du sport. »

Et la femme politique doit prendre conscience de ses atouts et les utiliser : « Une femme est généralement plus tenace, plus courageuse. Il y a moins de femmes qui ont peur des conflits que les hommes. Nous ne sommes pas bagarreuses, mais nous esquivons moins. ». C’est sans doute la conséquence d’une lutte de longue date pour l’égalité. Magda de Galan ajoute : « Miet Smet [NDLR : ministre des gouvernements Dehaene en même temps que Magda De Galan] et moi, on avait toujours la faculté de se téléphoner, de se voir 10 minutes pour résoudre un problème avant d’aller en réunion. On allait à l’essentiel. La femme politique a intérêt à rester elle-même, car elle a une approche à elle : lucide, pragmatique et efficace. Et puis elle a moins l’habitude de se plaindre et de geindre qu’un homme. Mais je ne critique pas les hommes là. Moi, je les aime, les hommes. »

Plus facile de commencer la politique à Bruxelles ?

On pourrait croire qu’à Bruxelles, la femme politique est plus émancipée, mais pas vraiment. Françoise Bertieaux explique qu’«on démarre souvent au niveau local. Dans le code de la démocratie wallonne, c’est celui qui fait le plus de voix qui devient bourgmestre. Tous les candidats, hommes ou femmes, partent donc à armes égales. » En effet, en Wallonie, c’est plus précisément le candidat qui a recueilli le plus de voix de préférence sur la principale liste de la coalition qui devient bourgmestre, tandis qu’en Régions bruxelloise et flamande, il n’y a pas de règle sur le sujet.

La vie politique est plus difficile pour les femmes d’origine étrangère. A Forest, Mariam El Hamidine franco-marocaine fait partie du collège échevinal de Forest. Magda De Galan précise : « les hommes maghrébins votent plus facilement pour une belge qu’une femme maghrébine. » Mais les mentalités évoluent. A Schaerbeek, Mahinur Ozdemir (CDH), conseillère communale à Schaerbeek et députée régionale porte le voile.

Les quotas, pour ou contre ?

Après la loi Smet-Tobback de 1994 qui introduisait les premiers quotas, le Titre II de la constitution est modifiée en 2002 pour garantir l’égalité homme-Femme et pour favoriser l’accès aux mandats électifs. Désormais les listes électorales seront composées de manière paritaire (50-50) à tous les niveaux de pouvoir. De plus, le système de la « tirette » (alternance homme-femme) sera pratiqué. Ces règles seront pour la première fois mise en application en 2018, pour les élections communales.

« Les quotas, je n’ai jamais vraiment aimé ça. Mais c’est nécessaire pour mettre le pied à l’étrier. Cependant, ça peut favoriser un phénomène de ghettoïsation », argumente Magda De Galan. Du côté du MR, le parti est contre les quotas. Cependant, Françoise Bertieaux se dit, à titre personnel, en faveur de ce système : « dans tous les mondes où il y a des situations de pouvoirs, des femmes brillantes ont le droit d’obtenir des postes importants. Je voulais d’ailleurs qu’on impose également des quotas dans les conseils d’administration des entreprises cotées en bourse. » 

Le système des quotas a déjà fait ses preuves : le nombre de femmes sur les listes électorales a augmenté, de même que le nombre de celles qui siègent dans les assemblées législatives ou qui occupent des postes de ministres ou de secrétaires d’état. A titre d’exemple, les femmes représentent 40,4% des membres du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Mais la situation n’est pas encore idéale.  « Tous les partis ont à cœur d’avoir des femmes car ça la fout mal d’être taxé de parti machiste. Il faut rester vigilant, car dans le cadre intermédiaire, dans les niveaux en-dessous, comme les présidences de commissions qui sont moins visibles du public, la situation est encore en défaveur des femmes », nuance Françoise Bertieaux.

Les défis pour le futur…

De grands combats restent encore à mener pour les femmes politiques comme la révision d’une série de lois sur les pensions et l’emploi qui datent de plusieurs décennies et qui s’adressent encore à des familles traditionnelles (« couple avec deux enfants avec papa à l’usine, maman à la maison »). Ses lois ne tiennent pas encore compte des mutations de la cellule familiale, et donc pas des femmes seules avec enfants. 

Il y a aussi des combats à mener qui profiteront indirectement aux femmes. En améliorant la qualité de vie du 4e âge, les femmes seront les premières à en ressentir le bénéfice, étant donné qu’elles ont une espérance de vie plus longue.

Et enfin, certaines lois ont été édictées, mais il faut un suivi quotidien pour qu’elles soient efficaces. C’est le cas de la violence faite aux femmes qui n’est pas toujours poursuivie devant les cours et tribunaux.

Et toutes les deux sont d’accord pour dire que les femmes doivent continuer à s’engager en politique. Pour Françoise Bertieaux, « la politique n’est pas un milieu facile tant pour les hommes que pour les femmes. Mais c’est une vie enrichissante, passionnante. » Les femmes qui veulent s’engager ne doivent donc plus avoir peur et plonger la tête baissée dans l’aventure politique.

Marie-Aude Calvagna

On en parle sur Twitter @MACalvagna

Une étude en trois parties sur la femme en politique en Belgique :

http://bit.ly/14At2JY

http://bit.ly/1ccPnin

http://bit.ly/SZh8oC