BLOG

MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 7 - " C'est combien ? C'est gratuit !" Par Amal Azaitraoui.

"Servez-vous, c'est gratuit !" Qui n'a pas rêvé d'entendre cette phrase en arrivant devant un étalage de marchandises ? C'est désormais possible. Sauf que ça ne se passe pas dans un magasin, devant des rayons de produits flambant neufs, mais au Marché Gratuit, où tout le monde peut donner et/ou recevoir des objets en tous genres. Mais pas que.   

"Donner, sans rien attendre en retour", disait la chanson. Si ce n'est de rendre service ou de faire plaisir au nouvel acquéreur de votre batterie de cuisine un peu dépareillée ou de votre pull en laine signé Mamie. C'est ce que vous propose de faire le Marché Gratuit, organisé par un collectif de personnes qui mettent en place l’événement depuis environ un an.

Si l'initiative a des airs altermondialistes, ce n'est pas un hasard. Pendant la vague des Indignés, chaque camp avait sa friperie gratuite, dans laquelle les gens pouvaient se servir parmi une myriade d'objets mis à disposition du public, gratuitement donc. Après l’accalmie des célèbres contestataires, le concept a survécu, grâce à trois étudiants espagnols.

"Le concept existe en Espagne et dans certains pays de l'Amérique latine. Les trois étudiants, dont deux sont rentrés chez eux , ont souhaité l'implanter à Bruxelles", explique Sophie, qui fait partie du collectif.

Concrètement, comment ça se passe ? "L'idée, c'est que des personnes viennent proposer plein de choses, dont ils veulent se débarrasser", explique Sophie. Les passants sont invités à venir se servir, sans contrepartie. Sophie insiste : il ne s'agit pas de faire du troc. On trouve principalement des vêtements, mais aussi des livres, quelques meubles et autres objets de décoration et "même un vélo". Le but de tout cela ? "Pouvoir partager l'abondance mais aussi créer des rencontres", explique Sophie.

Le marché gratuit a commencé dans le quartier du Cimetière d'Ixelles, l'année passée, puis à Flagey pendant d'hiver dernier. Le dixième a eu lieu à la place Bethléem à Saint Gilles, au début du mois d'août.

Quant au public, (aussi bien celui qui "donne" autant que celui qui "reçoit"), il est à l'image de Bruxelles : diversifié. "Il y a une véritable mixité sociale et culturelle. Lors de la dernière édition, il y a même une parlementaire qui a déposé des affaires à donner. Mais il y a aussi des gens nécessiteux ou issus de la classe moyenne", ajoute-t-elle. Sophie se réjouit de l'adhésion du public. "Les gens comprennent le sens, trouvent ça beau. Et chacun a sa raison de venir : donner des objets, s'en procurer ou tout simplement par curiosité"

Loin de la mode "vintage"

Mais quel est le moteur de cette initiative ? Après tout, c'est dans l'air du temps : recycler, réutiliser, faire du neuf avec du vieux pour être "in". Mais loin de cette vogue, les marchés gratuits ont une toute autre visée, qui est "peut-être utopiste", reconnait Sophie, mais qui ne se situe pas sur le même plan que le vintage et son effet "mode". "On n'a pas l'habitude de recevoir gratuitement, dans nos sociétés. Ce qu'on prend au marché gratuit, c'est autant de choses que l'on ne va pas acheter en magasin". Vous l'aurez compris : les marchés gratuits se veulent un pied de nez à la consommation effrénée.

"Il y a aussi une idée politique, celle de réinvestir l'espace public". Car aux débuts, le marché s'installait spontanément sur les places et autres endroits publics. Mais depuis que la police a débarqué à la place Flagey, le collectif s'est résolu à faire ce qu'il faut pour s'éviter les ennuis et avoir les autorisations nécessaires pour ce type d’événements. "Le plus important, c'est de favoriser le Marché plutôt que d'aller à l'encontre de l'autotiré", insiste Sophie.

Quant à ceux qui n'y voient qu'une initiative "alternative", Sophie répond qu'il faut bien commencer quelque part, qu'une action comme les marchés gratuits permet de sortir de l'engrenage de l'inaction. "On a vraiment l'impression d'agir. On accomplit des actions qui peuvent changer les choses".

Et toujours dans l'optique écologique, les marchés gratuits ne laissent rien sur leur passage. C'est la seule contrainte : les "invendus" (ou les "impris", donc), doivent être récupérés par leurs propriétaires. "On met un point d'honneur à remettre la place en l'état, propre, comme avant le passage des exposants".

Pour plus d'infos, la page Facebook des Marchés gratuits : http://on.fb.me/1bWbFF0