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MiXCITY 2013 - Bruxelles gayfriendly ?

Article 2 - Pas pour la minorité black. Par Cédric Blanckaert - 14/08/2013

On parle de minorité homosexuelle. On parle de minorité africaine. Quand on cumule les deux, l’addition est sans appel. Rencontre avec un géographe qui a étudié le phénomène.

Bruxelles, ville gayfriendly. C’est en tout cas la vision qu’on a généralement de la capitale. Un quartier gay, des associations, une pride et même un parcours touristique et hôtelier organisé autour du drapeau arc-en-ciel. Quand on interroge les acteurs de terrain, cette vision est confirmée. Bruxelles est loin d’être l’enfer pour les homosexuels au sens large du terme. Pourtant, les événements du week-end dernier lors du Brussels Summer Festival et l’agression dont aurait fait l’objet un couple gay par les forces de polices bruxelloises donne un point de vue contrasté et sans mauvais jeux de mots, tout n’est pas si rose.

Minorité victime d’une autre minorité

C’est également le constat posé par Koessan Gabiam. Ce géographe de formation a étudié la minorité homosexuelle d’origine africaine à Bruxelles. Par le biais d’internet, de chambres de discussions et d’enquête sur le terrain, il a pu cartographier cette communauté et dresser un bilan de la possibilité de vivre son homosexualité au quotidien quand on est issu d’une minorité. Une minorité dans la minorité victime le plus souvent d’une autre minorité. "En-dehors des deux rues du quartier gay, c’est parfois compliqué. J’ai reçu divers témoignages d’hommes qui s’embrassent place Anneessens ou au Mont des Arts et qui sont les victimes d’agressions verbales ou physiques de la part de membres d'autres communautés étrangères". Pour ne pas envenimer les choses, la plupart font demi-tour ou évite toute démonstration amoureuse. Certes, il ne faut pas généraliser mais on peut s’interroger sur ces réprimandes plus ou moins violentes d’une minorité envers une autre. Avec pour conséquence, un internet qui devient le moyen de rencontre par excellence pour la minorité black bi-gay. Ce qui minimise les risques d’agressions homophobes et permet aussi un certain anonymat. Autre exemple frappant, celui de ce réfugié sexuel Camerounais qui pensait pouvoir vivre sa sexualité en toute liberté à Bruxelles. Même si la situation dans son pays d’origine n’est pas comparable, il est loin du paradis qu’il avait imaginé. « Il y a aussi un problème de réputation. Les black gays sont assimilés à des relations intéressées, à des personnes peu fiables. » (extraits et commentaires sur l’étude ici )

Homo-négativité

Autre phénomène pointé par l’auteur, ce qu’il appelle l’homo-négativité. « Une étude menée en Norvège a démontré que la tolérance envers les homosexuels, c’est ce qu’on veut bien donner à une minorité en tant que majoritaire. » Dès lors, la minorité reste ne marge de la norme. « Quand on interroge les élèves suédois, il estime qu’il n’y a pas de futur si on est homo. Il n’y a donc pas d’intégration sociétale. On a voté une loi au nom de la tolérance mais pas de l’égalité. »
Chez nous, on ne peut nier les avancées significatives quand à l’acceptation des différentes orientations sexuelles. Bruxelles, en tant que capitale européenne moderne est à la pointe. Et pourtant, on parle encore de ce fameux coming-out. Doit-on déclarer ouvertement que l’on est hétéro ? La sexualité entre adultes consentants n’est-elle pas le jardin secret de tout un chacun ? Concept marketing pour certain, revendication nécessaire pour d’autres, l’homosexualité se vit avant tout, ou plutôt tente de se vivre. Un jour peut-être, elle deviendra banale. C’est à ce moment-là qu’on pourra dire vraiment qu’elle est acceptée.