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MIXCITY 2013 - La Bruxelloise : string ou caleçon ?

Article 1: Briser le plafond de verre par Amal Azaitraoui - 13/08/2013

Dans le monde du travail, le terme «dirigeant» se conjugue encore trop souvent au masculin. Les femmes, elles, brillent toujours par leur absence des sommets hiérarchiques des entreprises. Le phénomène du plafond ce verre demeure une réalité aussi invisible que récalcitrante. 

Dans le milieu du travail, à Bruxelles comme ailleurs, c'est toujours "le pouvoir aux hommes". Si ce slogan peut paraître anachronique pour certain(e)s, il demeure une réalité largement répandue. Bien que les femmes aient accès à (presque) tous les secteurs professionnels, elles occupent très rarement le sommet de la hiérarchie dans leur métier.

Les chiffres en témoignent : en Belgique, il y a environ 7% de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Moins de la moitié de ces entreprises comptent une ou plusieurs femmes au sein de leur conseil d'administration, ce qui signifie que la majorité des grandes entreprises belges ont des conseils administratifs exclusivement masculins.

Cette réalité porte un nom : le plafond de verre. "Cest une sorte de plafond invisible, auquel se confrontent les femmes, lorsqu'on constate que ces dernières peuvent être aussi compétentes, performantes et diplômées que les hommes, mais ne seront pas à des postes de responsabilités", explique Valérie Lootvoet, directrice de l'Université des femmes, située à Schaerbeek, qui cherche à diffuser et développer les recherches liées au féminisme et aux femmes. Elle constate que le plafond de verre est également présent là où ne le soupçonne pas, comme dans le milieu académique. "Même dans les métiers dits féminins, comme infirmière, par exemple . Lorsqu'il y a un homme dans l'équipe, il est souvent chef".

Pour la directrice de l'Université des femmes, le plafond de verre a une origine multifactorielle et structurelle, basée sur le postulat de la domination masculine. "Les hommes dominent dans la sphère économique, politique et même symbolique", s’insurge la jeune chercheuse. Quant à l’argument psychologique pour expliquer le plafond de verre, Valérie Loodvoet le rejette pleinement. "Cela reviendrait à dire que si les femmes sont discriminées, c'est de leur faute".

Conscientiser plutôt que des quotas

C'est donc tout le modèle de l'organisation du travail et même de la société qu'il faudrait réformer, selon elle, pour s'approcher au plus du "modèle nordique, bien plus démocratique, avec des politiques influencées par le féminisme. Ça se traduit dans les lois et dans l'organisation du travail", ajoute-t-elle.

Mais avant tout, pour se faire entendre, Valérie Lootvoet pense que les femmes doivent se réunir et surtout s'unir. "Aujourd'hui, on tente de dire que l'égalité est là. Pourtant si les femmes étaient conscientisées à ces problèmes d'égalité, elles sauraient ce qu'il faut faire". Quid de la solution des quotas dans les milieux professionnels ? "Je suis mitigée. Une femme conscientisée vaut mieux que dix femmes "masculinistes"". Mais si on arrive à avoir 30% de femmes dans les postes importants d'une structure, on obtient un effet de masse qui fera que les femmes se feront entendre".

Pas de talons aiguilles!

Si le terme "plafond de verre" est une métaphore plutôt éloquente, il est des entreprises où ce plafond est en béton armé. Frédérique l'a expérimenté dans l'entreprise où elle travaille actuellement. La trentaine à peine entamée, un tempérament franc, joyeux et un sens inné du contact, Frédérique a la communication facile. Après des études en communication et en langues, elle arrive sur le marché du travail à Bruxelles en 2008, en pleine crise économique. Après quelques petits boulots, elle rejoint le promoteur immobilier où elle travaille toujours actuellement. "Un milieu d'hommes", dit-elle, qu'elle intègre  "par nécessité". Parmi la dizaine de managers que compte la boite, il n'y a qu'une seule femme.

Dès l'entretien d'embauche, Frédérique s'est laissée entendre qu'il ne servait à rien d'espérer évoluer au sein de l'entreprise et que ses tâches seront d'ordre administratif. "Je sais que ce n'est pas mon domaine. Mais c'était surtout pour avoir de l'expérience", justifie la jeune femme. Après quatre ans au même poste, elle ambitionne aujourd'hui de trouver un emploi dans les relations publiques.

"Je veux évoluer, j'ai fait des études pour pouvoir être à un poste de responsabilité". Ce qui motive Frédérique à envisager un changement de carrière ? Le manque de perspective mais aussi les manifestations du "machisme ordinaire", comme par exemple ces notes de services envoyées aux employé(e)s pour leur rappeler d'éviter les talons aiguilles, "qui abîmeraient le parquet", ou encore les directives vestimentaires à l'approche de l'été, "comme si on allait se dénuder parce qu'il fait chaud".

Malgré des tentatives encore balbutiantes pour approcher l'égalité au sein des entreprises, souvent encore, pour espérer briser le plafond de verre, mieux vaut être une dame de fer.