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MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 12 - Tri sélectif : bientôt des sacs bruns pour Bruxelles par Marie-Aude Calvagna

Si vous habitez dans les communes d’Etterbeek et d’Evere, vous avez peut-être lu un petit dépliant sur le projet-test initié par Bruxelles-Propreté. Le but ? Collecter les déchets organiques. Et ça concerne tous les bruxellois car la collecte pourrait s’élargir à tout Bruxelles.

Les déchets organiques (restes de repas, emballages biodégradables, épluchures…) pèsent en moyenne la moitié du poids de nos sacs poubelles blancs. Pourtant, ils peuvent facilement être valorisés. Chaque habitant, école ou travailleur dans l’horeca d’Etterbeek ou d’Evere ( http://www.be-organic.be/ ) peut s’inscrire à ce projet-pilote. Durant un an, ils recevront des sacs bruns pour y déposer leurs restes de nourriture. Et en guise de carotte au bout du bâton, un rouleau de sacs bleus et un autre de sacs jaunes leur seront donnés. Les déchets organiques, ainsi collectés, seront ramassés à des dates précises selon les quartiers, à la manière des autres déchets déjà triés. 

Ce lancement vise un objectif bien précis. En effet, l’Union européenne impose à ses états-membres de diminuer la quantité de leur déchet de 50% d’ici 2020. Ce tri supplémentaire permettra donc à la Belgique de remplir plus facilement son cahier de charges. Le projet a également un deuxième avantage. En attendant que la collecte ne s’étende à tout Bruxelles et que le marché public soit clôturé, les déchets organiques finiront dans un centre de biométhanisation en dehors de la région de Bruxelles-Capitale.

La biométhanisation est le processus par lequel des micro-organismes dégradent les déchets organiques dans un milieu sans oxygène (anaérobie), tout en produisant du biogaz. Ce dernier une fois obtenu permet de créer de l’énergie pour produire de l’électricité et de la chaleur. Les restes non dégradés finiront dans un composte. Ce tri sélectif supplémentaire est donc un complément aux compostes déjà existants. Si certains en possèdent un, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Bruxelles-Propreté leur conseille de n’y déposer que les déchets se dégradant rapidement et de laisser les autres déchets organiques pour la nouvelle poubelle brune.

On pourrait se demander s’il n’était pas plutôt nécessaire d’inciter les habitants à avoir un recours automatique au composte, que ce soit un composte familial ou en commun (pour tout un quartier, ou tout un immeuble). Car même si la collecte uniformisée présente certains avantages, il demeure que l’usage de sacs plastiques supplémentaires est nécessaire. Est-ce un mal pour un bien ?

On en parle sur Twitter @MACalvagna 


MIXCITY 2013 - La Bruxelloise : string ou caleçon ?

Article 9 - « Faire de la politique » se conjugue aussi au féminin.

Malgré une présence féminine en apparence, la politique n’est pas encore le milieu naturel des femmes. Si l’on gratte un peu, on découvre l’écart qui existe avec les hommes. Le sujet transcende les logiques partisanes. Françoise Bertieaux (MR) et Magda De Galan (PS) nous parlent de leur vécu.

Aujourd’hui à la retraite, Magda De Galan a commencé la politique en bas de l’échelle. Engagée syndicalement à la FGTB, elle s’inscrit en politique à l’âge de 29 ans. Et en 1983, André Degroeve alors bourgmestre, lui offre une place éligible sur la liste PS de Forest, ville dont elle deviendra la bourgmestre à deux reprises. Tout au long de sa carrière, elle a connu d’importants moments qui l’ont marquée : « J’ai travaillé avec Emilienne Brunfaut, une grande figure belge du féminisme. C’était l’époque où, à l’usine Bekaert, les ouvrières menaient leur combat pour avoir le même salaire que les hommes. Elles étaient classées dans une catégorie différente que celle des hommes ce qui justifiait la différence de salaire.» En 1981, 28 femmes travaillant dans l’entreprise de Fontaine-l’Evêque débrayaient après leur mise forcée au travail à mi-temps, au lieu du temps plein. Elles finissent par déposer plainte pour discrimination au Parlement européen et au tribunal du Travail.

« Un autre évènement marquant a été le droit des femmes à disposer de leur corps. » C’était en 1990 quand la loi Lallemand-Michielsen dépénalise partiellement l’avortement.   

 « La loi sur l’avortement a été portée par Roger Lallemand. Le gynécologue Willy Peers a également joué un rôle. Il n’y a pas que les femmes qui peuvent représenter les femmes. Un homme peut représenter et défendre leur intérêt mais les sensibilités de toutes les parties doivent être représentées. Les femmes doivent aussi pouvoir s’exprimer », ainsi s’exprime Françoise Bertieaux, présidente du réseau des femmes parlementaires de la francophonie.

Quand elle a commencé sa carrière, « on était très peu nombreuses, tant au niveau local qu’au niveau ministériel. Et on n’était pas toujours très bien accueillies. Un jour, un homme macho-sexiste m’a dit sur le marché : Retourne dans ta cuisine.  Occupe-toi de tes gosses. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.» Et des remarques, Magda De Galan en a aussi entendues : « Si une femme est élue, on disait que c’était une promotion-canapé, si elle travaillait mal, c’est qu’elle était mal baisée. Mais les femmes non plus ne sont pas tendres avec les hommes. »

Et aujourd’hui ?

« Le monde politique est très masculin, plus exigeant vis-à-vis des femmes, toujours aujourd’hui, notamment au niveau de la ponctualité et de la rentabilité. Et pourtant, j’ai connu plein d’hommes avec du retard pour cause d’agenda surchargé », souligne Magda De Galan.

Les femmes doivent-elles alors se masculiniser pour arriver à tenir le rythme ? Sûrement pas ! Françoise Bertieaux explique que ne plus être elle-même peut se retourner contre la femme politique : « On a une voix plus aigue. Si on crie, on paraît plus vite ridicule qu’un homme. Ça n’a aucun sens de crier comme un homme. La femme politique n’a pas besoin d’être une dame de fer, mais elle doit être solide, car on ne lui fera pas de cadeaux. On m’a toujours dit que pour réussir il faut faire deux choses, et je m’y tiens : préserver ma famille, mes amis, mes proches, mon métier, et faire du sport. »

Et la femme politique doit prendre conscience de ses atouts et les utiliser : « Une femme est généralement plus tenace, plus courageuse. Il y a moins de femmes qui ont peur des conflits que les hommes. Nous ne sommes pas bagarreuses, mais nous esquivons moins. ». C’est sans doute la conséquence d’une lutte de longue date pour l’égalité. Magda de Galan ajoute : « Miet Smet [NDLR : ministre des gouvernements Dehaene en même temps que Magda De Galan] et moi, on avait toujours la faculté de se téléphoner, de se voir 10 minutes pour résoudre un problème avant d’aller en réunion. On allait à l’essentiel. La femme politique a intérêt à rester elle-même, car elle a une approche à elle : lucide, pragmatique et efficace. Et puis elle a moins l’habitude de se plaindre et de geindre qu’un homme. Mais je ne critique pas les hommes là. Moi, je les aime, les hommes. »

Plus facile de commencer la politique à Bruxelles ?

On pourrait croire qu’à Bruxelles, la femme politique est plus émancipée, mais pas vraiment. Françoise Bertieaux explique qu’«on démarre souvent au niveau local. Dans le code de la démocratie wallonne, c’est celui qui fait le plus de voix qui devient bourgmestre. Tous les candidats, hommes ou femmes, partent donc à armes égales. » En effet, en Wallonie, c’est plus précisément le candidat qui a recueilli le plus de voix de préférence sur la principale liste de la coalition qui devient bourgmestre, tandis qu’en Régions bruxelloise et flamande, il n’y a pas de règle sur le sujet.

La vie politique est plus difficile pour les femmes d’origine étrangère. A Forest, Mariam El Hamidine franco-marocaine fait partie du collège échevinal de Forest. Magda De Galan précise : « les hommes maghrébins votent plus facilement pour une belge qu’une femme maghrébine. » Mais les mentalités évoluent. A Schaerbeek, Mahinur Ozdemir (CDH), conseillère communale à Schaerbeek et députée régionale porte le voile.

Les quotas, pour ou contre ?

Après la loi Smet-Tobback de 1994 qui introduisait les premiers quotas, le Titre II de la constitution est modifiée en 2002 pour garantir l’égalité homme-Femme et pour favoriser l’accès aux mandats électifs. Désormais les listes électorales seront composées de manière paritaire (50-50) à tous les niveaux de pouvoir. De plus, le système de la « tirette » (alternance homme-femme) sera pratiqué. Ces règles seront pour la première fois mise en application en 2018, pour les élections communales.

« Les quotas, je n’ai jamais vraiment aimé ça. Mais c’est nécessaire pour mettre le pied à l’étrier. Cependant, ça peut favoriser un phénomène de ghettoïsation », argumente Magda De Galan. Du côté du MR, le parti est contre les quotas. Cependant, Françoise Bertieaux se dit, à titre personnel, en faveur de ce système : « dans tous les mondes où il y a des situations de pouvoirs, des femmes brillantes ont le droit d’obtenir des postes importants. Je voulais d’ailleurs qu’on impose également des quotas dans les conseils d’administration des entreprises cotées en bourse. » 

Le système des quotas a déjà fait ses preuves : le nombre de femmes sur les listes électorales a augmenté, de même que le nombre de celles qui siègent dans les assemblées législatives ou qui occupent des postes de ministres ou de secrétaires d’état. A titre d’exemple, les femmes représentent 40,4% des membres du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Mais la situation n’est pas encore idéale.  « Tous les partis ont à cœur d’avoir des femmes car ça la fout mal d’être taxé de parti machiste. Il faut rester vigilant, car dans le cadre intermédiaire, dans les niveaux en-dessous, comme les présidences de commissions qui sont moins visibles du public, la situation est encore en défaveur des femmes », nuance Françoise Bertieaux.

Les défis pour le futur…

De grands combats restent encore à mener pour les femmes politiques comme la révision d’une série de lois sur les pensions et l’emploi qui datent de plusieurs décennies et qui s’adressent encore à des familles traditionnelles (« couple avec deux enfants avec papa à l’usine, maman à la maison »). Ses lois ne tiennent pas encore compte des mutations de la cellule familiale, et donc pas des femmes seules avec enfants. 

Il y a aussi des combats à mener qui profiteront indirectement aux femmes. En améliorant la qualité de vie du 4e âge, les femmes seront les premières à en ressentir le bénéfice, étant donné qu’elles ont une espérance de vie plus longue.

Et enfin, certaines lois ont été édictées, mais il faut un suivi quotidien pour qu’elles soient efficaces. C’est le cas de la violence faite aux femmes qui n’est pas toujours poursuivie devant les cours et tribunaux.

Et toutes les deux sont d’accord pour dire que les femmes doivent continuer à s’engager en politique. Pour Françoise Bertieaux, « la politique n’est pas un milieu facile tant pour les hommes que pour les femmes. Mais c’est une vie enrichissante, passionnante. » Les femmes qui veulent s’engager ne doivent donc plus avoir peur et plonger la tête baissée dans l’aventure politique.

Marie-Aude Calvagna

On en parle sur Twitter @MACalvagna

Une étude en trois parties sur la femme en politique en Belgique :

http://bit.ly/14At2JY

http://bit.ly/1ccPnin

http://bit.ly/SZh8oC

 


MIXCITY 2013 - Eldorado EU

Article 8 - Le coût d’intégration des fonctionnaires européens : qui paie l’addition ? Par Marie-Aude Calvagna

Bruxelles, doit-elle financer des projets pour intégrer des fonctionnaires européens dont certains sont surpayés ? La question est provocatrice et attend votre réponse. Le but : ouvrir le débat.

Sur le million d’habitants que compte Bruxelles, entre 100 et 120.000 personnes sont liées de près ou de loin à l’Union européenne. Il s’agit là de toute une communauté qu’on ne peut pas négliger.

Et la Région bruxelloise s’en est rendu compte. En 1991, elle crée le Bureau de Liaison Bruxelles-Europe (BLBE) dont le rôle est double : « D'une part, promouvoir l'image de Bruxelles comme capitale européenne et siège des principales institutions européennes, d'autre part, sensibiliser l'habitant à la vocation européenne de sa Région. » Dans les faits, cela se traduit par une assistance gratuite pour les expatriés, de multiples activités et projets visant le contact avec la population bruxelloise, ainsi qu’une formation destinée aux administrations bruxelloises.

Un investissement de la Région bruxelloise, qui n’est pas la seule à avoir ouvert les cordons de la bourse. Preuve en est que de 2007 à 2011, la Fondation Roi Baudouin a lancé quatre appels à projets, appelé « breXpat » (contraction des mots « bruxellois » et « expatrié »).  Au final, ce sont des dizaines de projets retenus par un jury indépendant qui ont reçu un coup de pouce financier de cette organisation philanthropique. Certains ont touché jusqu’à 5.000 €.

Elle présente l’appel comme ceci : « En raison du milieu socioéconomique généralement privilégié des « expatriés européens », la ségrégation de ce groupe n’est pas souvent abordée alors qu’il existe un important potentiel d’interactions enrichissantes entre ce groupe et les autres habitants de Bruxelles. »

Les faits sont là : malgré la création de la BLBE, l’intégration des eurocrates n’est pas encore complète.

Mais qui devrait alors continuer à mettre la main au portefeuille pour améliorer la situation ? Encore la Région bruxelloise ? Les communes ? Les associations locales ? Et faut-il continuer à financer des projets d’intégration pour une communauté dite favorisée ?

Certains seraient tentés de répondre non, car ils ne paient pas d’impôts. Cette croyance n’est pas tout à fait vraie. Les 30.000 fonctionnaires européens sont assujettis à un impôt, dit "communautaire" et paient diverses cotisations. Cependant, ces revenus (hors impôt foncier et taxe régionale pour les résidents) ne sont perçus ni par l’Etat belge, ni par la Région de Bruxelles-Capitale, ni par les communes. Ils tombent plutôt dans l’escarcelle de l’Union européenne.

On pourrait alors se demander si ce n’est pas à cette dernière à payer le coût d’intégration de leur fonctionnaire, et par la même occasion à fédérer les différents acteurs de terrain.

Le débat se fait aussi sur Twitter avec @MACalvagna

Lien : le guide de survie du fonctionnaire européen édité par le BLBE en trois langues : http://bit.ly/19BsIv7

 

 

 


MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 4 - "La foire aux savoir-faire" par Marie-Aude Calvagna - 16/08/2013

Une belle bande de "foireux"

A la foire aux savoir-faire, il n’est pas question de vendre ou d’acheter, mais plutôt d’apprendre et de partager. C’est toute la philosophie du projet qui s’égrène à chaque atelier : penser une nouvelle manière de vivre en favorisant les rencontres et sa créativité.

Et si ça vous tente, sachez que chacun peut devenir un « Foireux ». Mais késako ?  

Damien Lesca, le coordinateur de l’asbl, explique que « la foire aux savoir-faire organise chaque mercredi soir, en alternance, des ateliers coutures et retouches, ainsi que d’autres axés sur le bricolage et la récupération. » Cet été, la couture a été mise de côté. Plusieurs projets sont aux programmes, comme, notamment, une éolienne réalisée à partir de ventilateur d’ordinateur.

Mais la récup’ à quoi ça sert ? « Le but est de montrer un savoir-faire, de mettre à disposition un lieu et des ressources plutôt que d’acheter. On utilise exclusivement des objets de seconde main. On collabore également avec l’Armée du salut : ce qui n’est pas vendu là-bas est utilisé lors des ateliers », poursuit Damien. « Il y a aussi des échanges d’idées et de bons-plans entre les foireux ».

Un foireux, c’est quiconque participe à la foire aux savoir-faire. « Ce sont des personnes du quartier. Il y a beaucoup d’habitués et certains viennent pour un atelier en particulier. On reçoit des jeunes et des pensionnés. Les familles viennent plutôt le samedi matin pour l’atelier cuisine. Il nous est arrivé aussi de travailler avec des écoles. »

En effet, l’asbl ne se limite pas qu’aux ateliers du mercredi. Une grande foire annuelle est organisée en juin, et au fil du temps, l’idée est venue de répéter l’expérience pour Noël. Les foireux sont aussi présents lors d’autres évènements comme le festival Esperanzah ou les fêtes de la soupe.

Un autre mode de vie

On pourrait se dire que la foire aux savoir-faire n’est finalement qu’une initiative de plus pour récupérer des objets. En vogue depuis les années 90, le « vintage » fait de nombreux adeptes. Il s’agit d’acheter de vieux modèles un peu rétro, généralement, de vêtements, sur des marchés ou dans des boutiques spécialisées. 

Damien fait une distinction : « le vintage nourrit des idées pour nos ateliers. C’est une forme de récupération. Mais la différence avec la foire aux savoir-faire est qu’ici on n’a pas besoin d’acheter pour créer. Dans notre société, la valeur donnée à un objet dépend de son prix d’achat. La représentation de soi joue un rôle dans tout ça. On dirait que l’Homme n’a pas confiance en sa capacité à faire du mieux. »  

L’Homme est donc à la fois le problème et la solution. Face à l’acte d’achat, les foireux ressemblent aux irréductibles gaulois dont la potion magique est faite de bric, de broc et d’une bonne dose de remise en question.

Les ateliers de la Foire aux savoir-faire

Couture/Récupération : Rue du trône 95 à Ixelles, les mercredis de 18 à 21h

Cuisine : La ferme du parc Maximilien, Quai du Batelage à 1000 Bruxelles, les samedis matin.