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MIXCITY 2013 - Bruxelles "The place to be"

Article 13 - Portrait : un eurocrate à Bruxelles par Amal Azaitraoui

Portrait : Ambroise Perrin

Conseiller politique au Parlement européen, éditeur, ancien journaliste, Ambroise Perrin collectionne les casquettes. Aujourd'hui, ce Français partage sa vie entre la Belgique et la France. Il raconte sa nostalgie des années post 68,  sa vie à Bruxelles et sa foi en l'Europe.

Quand il entre dans le café archiplein de la place du Luxembourg, il a l'allure type des fonctionnaires des institutions européennes, porte le classique bleu de travail cravaté des eurocrates, mais arbore le sourire espiègle des éternels trublions.

Dès les premières minutes, Ambroise Perrin relève l'usage du mot "eurocrate", qu'il juge péjoratif. Mais il se laisse rapidement convaincre que le terme est devenu courant, qu'il désigne tout simplement les fonctionnaires des institutions européennes. Comme lui.

Si Ambroise Perrin n'a pas commencé sa carrière dans l'arène politique, il n'en a jamais été loin. Après des études en ethnologie et en journalisme (en France) il a travaillé d'abord pour la presse locale et nationale puis comme pigiste à France 3. Nostalgique, il se souvient de cette époque, "post 68", précise-t-il. "Je travaillais seul, je filmais mes images moi-même, même si cela allait à l'encontre de toutes les revendications syndicales de l'époque". Sans le savoir, il a anticipé ce qui allait se produire dans la profession des décennies plus tard, puisqu'ajourd'hui, les journalistes sont priés d'être polyvalents et d'assurer un maximum de tâches seuls. Il raconte avec détails un événement marquant dans sa carrière de journaliste : la chute du mur de Berlin, qu'il a couvert, presque par hasard, sans savoir qu'il vivait un moment historique qui allait façonner le monde occidental.

Ce qui lui manque le plus de l'époque de ses débuts ? "La liberté, l'ouverture d'esprit. Aujourd'hui, tout le monde est méfiant, sur la défensive",

En 1991, il arrive au Parlement européen, intègre le parti pour lequel il travaille toujours aujourd'hui.

Depuis, il a écrit, notamment pour le théâtre, monté une maison d'édition. Il vit  à Bruxelles mais passe beaucoup de temps à Strasbourg et Wissembourg (en Aslace, tout près de la frontière allemande). Tout comme la majorité des eurocrates, dont on dit souvent qu'ils ont les pieds dans la capitale mais la tête et le coeur dans leur pays d'origine. "C'est difficile pour une personne de plus de trente ans, qui vient d'arriver, d'établir de véritables liens à Bruxelles. Ces personnes sont tellement enracinées ailleurs, elles sont venues pour travailler, leur famille, leurs amis sont dans leur pays d'origine", explique-t-il. "En plus, dès qu'ils ont quelques jours de congé, ou même pendant les weekends, ils repartent, les vols low-cost ont facilité cela". Il estime d'ailleurs que les "autorités bruxelloises [qui] devraient faire quelque chose pour rassembler eurocrates et Bruxellois."

Pourquoi ce morcellement ? Est-ce du à la barrière de la langue ? "Non", répond-il. Peut-être le salaire (sujet "pas tabou") des eurocrates, largement supérieur à celui des Belges ? " Même s'il faut reconnaîitre qu'on est bien payés, ce sont les salaires des Bruxellois qui sont trop bas ", tranche-t-il.

Et l'Union, a-t-elle changé, depuis ses débuts ? " Avant, c'était les éléphants qui venaient travailler dans les institutions européennes, pour apporter leur sagesse et leur expérience. Aujourd'hui, chacun vient pour emmener une part du gâteau chez luiDes réflexes nationalistes ont émergé avec l'élargissement de l'Union ". Les institutions européennes ne sont plus la consécration, l'apothéose, mais plutôt un tremplin, qui permet souvent à des jeunes - "hyper spécialisés" mais pas toujours engagés - de venir y faire leurs armes et d'enrichir leur carnet d'adresses avant de rentrer dans leur pays. " L'organisation du travail est devenue trop bureaucratique. Auparavant, lorsqu'on intégrait un pari politique, c'était par conviction. Il était inconcevable de passer à un autre, chose qui se fait plus fréquemment aujourd'hui ", souligne-t-il.

Mais à défaut d'être le home sweet home des eurocrates, Bruxelles n'en demeure pas moins le berceau de l'Union européenne, où " il n'y a pas eu de guerre depuis plus de 50 ans. Avant l'Union, tous les vingt ans, au moins deux pays se tapaient dessus ". Et c'est "une chance", dit-il, pour la ville des choux et du chocolat car " c'est ici que se fait l'Histoire. Des décisions capitales se prennent ici chaque jour ".

Ce qui ne l'empêche pas de trouver des "non-sens [à] Bruxelles" : circulation, transport en commun, législation, tout y passe. Mi-ironique, mi-sérieux, Ambroise Perrin parle même d'un "racisme anti-eurocrates" qui serait instauré dans la capitale.

Mais qu'est-ce qu'il aime, alors, à Bruxelles ? Après un temps de réflexion, il lâche, sourire en coin : " le côté décontracté et les frites de la place Jourdan ".

Photo (c) 2011 - extraite du blog personnel de Ambroise Perrin. 

 


MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 12 - Tri sélectif : bientôt des sacs bruns pour Bruxelles par Marie-Aude Calvagna

Si vous habitez dans les communes d’Etterbeek et d’Evere, vous avez peut-être lu un petit dépliant sur le projet-test initié par Bruxelles-Propreté. Le but ? Collecter les déchets organiques. Et ça concerne tous les bruxellois car la collecte pourrait s’élargir à tout Bruxelles.

Les déchets organiques (restes de repas, emballages biodégradables, épluchures…) pèsent en moyenne la moitié du poids de nos sacs poubelles blancs. Pourtant, ils peuvent facilement être valorisés. Chaque habitant, école ou travailleur dans l’horeca d’Etterbeek ou d’Evere ( http://www.be-organic.be/ ) peut s’inscrire à ce projet-pilote. Durant un an, ils recevront des sacs bruns pour y déposer leurs restes de nourriture. Et en guise de carotte au bout du bâton, un rouleau de sacs bleus et un autre de sacs jaunes leur seront donnés. Les déchets organiques, ainsi collectés, seront ramassés à des dates précises selon les quartiers, à la manière des autres déchets déjà triés. 

Ce lancement vise un objectif bien précis. En effet, l’Union européenne impose à ses états-membres de diminuer la quantité de leur déchet de 50% d’ici 2020. Ce tri supplémentaire permettra donc à la Belgique de remplir plus facilement son cahier de charges. Le projet a également un deuxième avantage. En attendant que la collecte ne s’étende à tout Bruxelles et que le marché public soit clôturé, les déchets organiques finiront dans un centre de biométhanisation en dehors de la région de Bruxelles-Capitale.

La biométhanisation est le processus par lequel des micro-organismes dégradent les déchets organiques dans un milieu sans oxygène (anaérobie), tout en produisant du biogaz. Ce dernier une fois obtenu permet de créer de l’énergie pour produire de l’électricité et de la chaleur. Les restes non dégradés finiront dans un composte. Ce tri sélectif supplémentaire est donc un complément aux compostes déjà existants. Si certains en possèdent un, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Bruxelles-Propreté leur conseille de n’y déposer que les déchets se dégradant rapidement et de laisser les autres déchets organiques pour la nouvelle poubelle brune.

On pourrait se demander s’il n’était pas plutôt nécessaire d’inciter les habitants à avoir un recours automatique au composte, que ce soit un composte familial ou en commun (pour tout un quartier, ou tout un immeuble). Car même si la collecte uniformisée présente certains avantages, il demeure que l’usage de sacs plastiques supplémentaires est nécessaire. Est-ce un mal pour un bien ?

On en parle sur Twitter @MACalvagna 


MiXCITY 2013 - Bruxelles folle de ses gays - Mythe ou réalité ?

Article 11 - Bruxelles « Gay Friendly » inspire les institutions européennes par Cédric Blanckaert.

Il y a tout juste 20 ans, une association était créée afin de faire respecter les droits de la communauté homosexuelle qui travaille dans les institutions. De quoi renforcer le côté « gay friendly » de Bruxelles.

Bruxelles a la réputation d'être une capitale « gay friendly ». Même si tout n'est pas parfait, on peut considérer que la capitale fait partie des villes où l'homosexualité peut se vivre en toute liberté. Certes, il y a bien parfois des agressions plus ou moins violentes, mais cela n'est pas la norme et ne reflète en aucun cas une homophobie généralisée. L'arsenal législatif belge a d'ailleurs été récemment renforcé afin de punir de manière plus sévère la criminalité liée à une orientation sexuelle.

Un combat au cœur des instances européennes

Si cette réalité existe aujourd'hui, c'est qu'au fil des années diverses associations ont œuvré pour faire évoluer les mentalités. Un combat mené à Bruxelles jusqu'au cœur des institutions européennes au sein desquelles EGALITE ( Égalité pour les GAis et Lesbiennes dans les Institutions Européennes - Equality for Gays And Lesbians In The European institutions) a été créée en 1993. Un groupement qui porte bien son nom et qui depuis vingt ans tente de lutter contre toute forme de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Un travail de lobbyiste qui commence d'abord sur le lieu de travail  pour assurer, au sein des organes des institutions, un traitement non discriminatoire pour les couples de même sexe. Avec à la clé des victoires bien plus que symboliques comme le fait d'avoir réussi à convaincre les autorités européennes de reconnaître les partenariats et mariages homosexuels. Ce qui a permis d'assurer les mêmes avantages sociaux aux couples homosexuels.

Loin de se cantonner à son microcosme, EGALITE milite également pour les droits des gays et les lesbiennes en Europe et intervient au niveau législatif. Ce qui a permis d'inclure un article sur la non-discrimination dans le traité d'Amsterdam. Le politique en matière de dépistage VIH est également un des points d'attention particulièrement suivi par les membre d'EGALITE.

Le travail du groupement consiste aussi à mettre les personnes en contact par le biais de dîner par exemple, comme celui qui se déroulera le 11 septembre prochain dans un restaurant typique de Strasbourg. Des membres qui sont tenus informés des dernières actualités LGBT internationales au travers d'un blog (www.egalite-online.eu).

On s'aperçoit donc que la politique « gay friendly » de Bruxelles se diffuse jusque dans les arcanes du Caprice Des Dieux. De quoi faire résonner bien au-delà des frontières, des droits qui sont aujourd'hui une évidence pour les Bruxellois.

A découvrir dans un prochain article, l'interview du secrétaire d'EGALITE.

 


MIXCITY 2013 - De l'homo sapiens à l'homocyclus - Qu'est-ce que tu "traffic" ?

Article 10 - Moins de cyclistes au delà du canal : faute d’aménagement urbain ou de mentalité ? Par Alessio De Laurentiis

M. Nicolas, secrétaire général du Gracq, semble être convaincu du rôle qui le milieu familial joue dans le choix de mobilité.

« Si nous passons le canal et allons vers des populations immigrées, le vélo est considéré comme un jouet dans l’enfance mais pas un moyen de transport. Il est surtout perçu comme le moyen de transport du pauvre, que l’on est pas spécialement fier de montrer ».

Si l’usager typique du vélo urbain à Bruxelles, est en général, un homme ayant fait des études universitaires,  ce cadre moyen identifié choisit la bicyclette par efficacité voire même par philosophie écologique. En dehors de cette catégorie, le défi bruxellois d’aujourd’hui reste d’intéresser un public plus large au cyclisme urbain.

C’est le cas de l’action « à vélo Mesdames ».

La parole est à M. Nicolas : « Les participants sont principalement des femmes d’origine marocaine. Elles ne savent pas rouler à vélo car il n’est pas courant pour les jeunes filles d’utiliser ce transport dans leur pays d’origine voire pas toujours bien perçu par certains membres de leur communauté. Ceci dit, chez nous, cette situation évolue petit à petit. Même timides, les participantes restent nombreuses, et avec le soutien de Carmen Sanchez, la formatrice, elles vont au Parc Royal, et terminent en faisant le tour de Bruxelles à vélo ».

Un pas en avant en termes d’évolution sociale car elles ne dépendent plus de personne pour se déplacer, elles gagnent donc en autonomie, et c’est aussi l’image qu’elles donnent à leurs enfants, les prochains utilisateurs.

Créer les nouveaux utilisateurs est sûrement une démarche importante, même si le Plan 2020 pour la mobilité semble loin de pouvoir être atteint.

Mais, quelle est la place du cycliste à Bruxelles ?

Les pistes cyclables, sont-elles suffisantes, ou il faut les créer soi-même des "actions pirates" ?

A découvrir la semaine prochaine !

Photo (c) - Image extraite du film "Wadjda" réalisé en 2012 par Haifaa Al Mansour qui raconte l'histoire d'une petite fille dont le rêve est de pouvoir rouler à vélo dans son pays en Arabie Saoudite. 

Notons que depuis peu, les femmes de ce pays sont autorisées à se déplacer à vélo sans être accompagnées d'un homme. 

Pour plus d'informations sur ce film, regardez ici la bande annonce.

 


MIXCITY 2013 - La Bruxelloise : string ou caleçon ?

Article 9 - « Faire de la politique » se conjugue aussi au féminin.

Malgré une présence féminine en apparence, la politique n’est pas encore le milieu naturel des femmes. Si l’on gratte un peu, on découvre l’écart qui existe avec les hommes. Le sujet transcende les logiques partisanes. Françoise Bertieaux (MR) et Magda De Galan (PS) nous parlent de leur vécu.

Aujourd’hui à la retraite, Magda De Galan a commencé la politique en bas de l’échelle. Engagée syndicalement à la FGTB, elle s’inscrit en politique à l’âge de 29 ans. Et en 1983, André Degroeve alors bourgmestre, lui offre une place éligible sur la liste PS de Forest, ville dont elle deviendra la bourgmestre à deux reprises. Tout au long de sa carrière, elle a connu d’importants moments qui l’ont marquée : « J’ai travaillé avec Emilienne Brunfaut, une grande figure belge du féminisme. C’était l’époque où, à l’usine Bekaert, les ouvrières menaient leur combat pour avoir le même salaire que les hommes. Elles étaient classées dans une catégorie différente que celle des hommes ce qui justifiait la différence de salaire.» En 1981, 28 femmes travaillant dans l’entreprise de Fontaine-l’Evêque débrayaient après leur mise forcée au travail à mi-temps, au lieu du temps plein. Elles finissent par déposer plainte pour discrimination au Parlement européen et au tribunal du Travail.

« Un autre évènement marquant a été le droit des femmes à disposer de leur corps. » C’était en 1990 quand la loi Lallemand-Michielsen dépénalise partiellement l’avortement.   

 « La loi sur l’avortement a été portée par Roger Lallemand. Le gynécologue Willy Peers a également joué un rôle. Il n’y a pas que les femmes qui peuvent représenter les femmes. Un homme peut représenter et défendre leur intérêt mais les sensibilités de toutes les parties doivent être représentées. Les femmes doivent aussi pouvoir s’exprimer », ainsi s’exprime Françoise Bertieaux, présidente du réseau des femmes parlementaires de la francophonie.

Quand elle a commencé sa carrière, « on était très peu nombreuses, tant au niveau local qu’au niveau ministériel. Et on n’était pas toujours très bien accueillies. Un jour, un homme macho-sexiste m’a dit sur le marché : Retourne dans ta cuisine.  Occupe-toi de tes gosses. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.» Et des remarques, Magda De Galan en a aussi entendues : « Si une femme est élue, on disait que c’était une promotion-canapé, si elle travaillait mal, c’est qu’elle était mal baisée. Mais les femmes non plus ne sont pas tendres avec les hommes. »

Et aujourd’hui ?

« Le monde politique est très masculin, plus exigeant vis-à-vis des femmes, toujours aujourd’hui, notamment au niveau de la ponctualité et de la rentabilité. Et pourtant, j’ai connu plein d’hommes avec du retard pour cause d’agenda surchargé », souligne Magda De Galan.

Les femmes doivent-elles alors se masculiniser pour arriver à tenir le rythme ? Sûrement pas ! Françoise Bertieaux explique que ne plus être elle-même peut se retourner contre la femme politique : « On a une voix plus aigue. Si on crie, on paraît plus vite ridicule qu’un homme. Ça n’a aucun sens de crier comme un homme. La femme politique n’a pas besoin d’être une dame de fer, mais elle doit être solide, car on ne lui fera pas de cadeaux. On m’a toujours dit que pour réussir il faut faire deux choses, et je m’y tiens : préserver ma famille, mes amis, mes proches, mon métier, et faire du sport. »

Et la femme politique doit prendre conscience de ses atouts et les utiliser : « Une femme est généralement plus tenace, plus courageuse. Il y a moins de femmes qui ont peur des conflits que les hommes. Nous ne sommes pas bagarreuses, mais nous esquivons moins. ». C’est sans doute la conséquence d’une lutte de longue date pour l’égalité. Magda de Galan ajoute : « Miet Smet [NDLR : ministre des gouvernements Dehaene en même temps que Magda De Galan] et moi, on avait toujours la faculté de se téléphoner, de se voir 10 minutes pour résoudre un problème avant d’aller en réunion. On allait à l’essentiel. La femme politique a intérêt à rester elle-même, car elle a une approche à elle : lucide, pragmatique et efficace. Et puis elle a moins l’habitude de se plaindre et de geindre qu’un homme. Mais je ne critique pas les hommes là. Moi, je les aime, les hommes. »

Plus facile de commencer la politique à Bruxelles ?

On pourrait croire qu’à Bruxelles, la femme politique est plus émancipée, mais pas vraiment. Françoise Bertieaux explique qu’«on démarre souvent au niveau local. Dans le code de la démocratie wallonne, c’est celui qui fait le plus de voix qui devient bourgmestre. Tous les candidats, hommes ou femmes, partent donc à armes égales. » En effet, en Wallonie, c’est plus précisément le candidat qui a recueilli le plus de voix de préférence sur la principale liste de la coalition qui devient bourgmestre, tandis qu’en Régions bruxelloise et flamande, il n’y a pas de règle sur le sujet.

La vie politique est plus difficile pour les femmes d’origine étrangère. A Forest, Mariam El Hamidine franco-marocaine fait partie du collège échevinal de Forest. Magda De Galan précise : « les hommes maghrébins votent plus facilement pour une belge qu’une femme maghrébine. » Mais les mentalités évoluent. A Schaerbeek, Mahinur Ozdemir (CDH), conseillère communale à Schaerbeek et députée régionale porte le voile.

Les quotas, pour ou contre ?

Après la loi Smet-Tobback de 1994 qui introduisait les premiers quotas, le Titre II de la constitution est modifiée en 2002 pour garantir l’égalité homme-Femme et pour favoriser l’accès aux mandats électifs. Désormais les listes électorales seront composées de manière paritaire (50-50) à tous les niveaux de pouvoir. De plus, le système de la « tirette » (alternance homme-femme) sera pratiqué. Ces règles seront pour la première fois mise en application en 2018, pour les élections communales.

« Les quotas, je n’ai jamais vraiment aimé ça. Mais c’est nécessaire pour mettre le pied à l’étrier. Cependant, ça peut favoriser un phénomène de ghettoïsation », argumente Magda De Galan. Du côté du MR, le parti est contre les quotas. Cependant, Françoise Bertieaux se dit, à titre personnel, en faveur de ce système : « dans tous les mondes où il y a des situations de pouvoirs, des femmes brillantes ont le droit d’obtenir des postes importants. Je voulais d’ailleurs qu’on impose également des quotas dans les conseils d’administration des entreprises cotées en bourse. » 

Le système des quotas a déjà fait ses preuves : le nombre de femmes sur les listes électorales a augmenté, de même que le nombre de celles qui siègent dans les assemblées législatives ou qui occupent des postes de ministres ou de secrétaires d’état. A titre d’exemple, les femmes représentent 40,4% des membres du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Mais la situation n’est pas encore idéale.  « Tous les partis ont à cœur d’avoir des femmes car ça la fout mal d’être taxé de parti machiste. Il faut rester vigilant, car dans le cadre intermédiaire, dans les niveaux en-dessous, comme les présidences de commissions qui sont moins visibles du public, la situation est encore en défaveur des femmes », nuance Françoise Bertieaux.

Les défis pour le futur…

De grands combats restent encore à mener pour les femmes politiques comme la révision d’une série de lois sur les pensions et l’emploi qui datent de plusieurs décennies et qui s’adressent encore à des familles traditionnelles (« couple avec deux enfants avec papa à l’usine, maman à la maison »). Ses lois ne tiennent pas encore compte des mutations de la cellule familiale, et donc pas des femmes seules avec enfants. 

Il y a aussi des combats à mener qui profiteront indirectement aux femmes. En améliorant la qualité de vie du 4e âge, les femmes seront les premières à en ressentir le bénéfice, étant donné qu’elles ont une espérance de vie plus longue.

Et enfin, certaines lois ont été édictées, mais il faut un suivi quotidien pour qu’elles soient efficaces. C’est le cas de la violence faite aux femmes qui n’est pas toujours poursuivie devant les cours et tribunaux.

Et toutes les deux sont d’accord pour dire que les femmes doivent continuer à s’engager en politique. Pour Françoise Bertieaux, « la politique n’est pas un milieu facile tant pour les hommes que pour les femmes. Mais c’est une vie enrichissante, passionnante. » Les femmes qui veulent s’engager ne doivent donc plus avoir peur et plonger la tête baissée dans l’aventure politique.

Marie-Aude Calvagna

On en parle sur Twitter @MACalvagna

Une étude en trois parties sur la femme en politique en Belgique :

http://bit.ly/14At2JY

http://bit.ly/1ccPnin

http://bit.ly/SZh8oC

 


MIXCITY 2013 - Eldorado EU

Article 8 - Le coût d’intégration des fonctionnaires européens : qui paie l’addition ? Par Marie-Aude Calvagna

Bruxelles, doit-elle financer des projets pour intégrer des fonctionnaires européens dont certains sont surpayés ? La question est provocatrice et attend votre réponse. Le but : ouvrir le débat.

Sur le million d’habitants que compte Bruxelles, entre 100 et 120.000 personnes sont liées de près ou de loin à l’Union européenne. Il s’agit là de toute une communauté qu’on ne peut pas négliger.

Et la Région bruxelloise s’en est rendu compte. En 1991, elle crée le Bureau de Liaison Bruxelles-Europe (BLBE) dont le rôle est double : « D'une part, promouvoir l'image de Bruxelles comme capitale européenne et siège des principales institutions européennes, d'autre part, sensibiliser l'habitant à la vocation européenne de sa Région. » Dans les faits, cela se traduit par une assistance gratuite pour les expatriés, de multiples activités et projets visant le contact avec la population bruxelloise, ainsi qu’une formation destinée aux administrations bruxelloises.

Un investissement de la Région bruxelloise, qui n’est pas la seule à avoir ouvert les cordons de la bourse. Preuve en est que de 2007 à 2011, la Fondation Roi Baudouin a lancé quatre appels à projets, appelé « breXpat » (contraction des mots « bruxellois » et « expatrié »).  Au final, ce sont des dizaines de projets retenus par un jury indépendant qui ont reçu un coup de pouce financier de cette organisation philanthropique. Certains ont touché jusqu’à 5.000 €.

Elle présente l’appel comme ceci : « En raison du milieu socioéconomique généralement privilégié des « expatriés européens », la ségrégation de ce groupe n’est pas souvent abordée alors qu’il existe un important potentiel d’interactions enrichissantes entre ce groupe et les autres habitants de Bruxelles. »

Les faits sont là : malgré la création de la BLBE, l’intégration des eurocrates n’est pas encore complète.

Mais qui devrait alors continuer à mettre la main au portefeuille pour améliorer la situation ? Encore la Région bruxelloise ? Les communes ? Les associations locales ? Et faut-il continuer à financer des projets d’intégration pour une communauté dite favorisée ?

Certains seraient tentés de répondre non, car ils ne paient pas d’impôts. Cette croyance n’est pas tout à fait vraie. Les 30.000 fonctionnaires européens sont assujettis à un impôt, dit "communautaire" et paient diverses cotisations. Cependant, ces revenus (hors impôt foncier et taxe régionale pour les résidents) ne sont perçus ni par l’Etat belge, ni par la Région de Bruxelles-Capitale, ni par les communes. Ils tombent plutôt dans l’escarcelle de l’Union européenne.

On pourrait alors se demander si ce n’est pas à cette dernière à payer le coût d’intégration de leur fonctionnaire, et par la même occasion à fédérer les différents acteurs de terrain.

Le débat se fait aussi sur Twitter avec @MACalvagna

Lien : le guide de survie du fonctionnaire européen édité par le BLBE en trois langues : http://bit.ly/19BsIv7

 

 

 


MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 7 - " C'est combien ? C'est gratuit !" Par Amal Azaitraoui.

"Servez-vous, c'est gratuit !" Qui n'a pas rêvé d'entendre cette phrase en arrivant devant un étalage de marchandises ? C'est désormais possible. Sauf que ça ne se passe pas dans un magasin, devant des rayons de produits flambant neufs, mais au Marché Gratuit, où tout le monde peut donner et/ou recevoir des objets en tous genres. Mais pas que.   

"Donner, sans rien attendre en retour", disait la chanson. Si ce n'est de rendre service ou de faire plaisir au nouvel acquéreur de votre batterie de cuisine un peu dépareillée ou de votre pull en laine signé Mamie. C'est ce que vous propose de faire le Marché Gratuit, organisé par un collectif de personnes qui mettent en place l’événement depuis environ un an.

Si l'initiative a des airs altermondialistes, ce n'est pas un hasard. Pendant la vague des Indignés, chaque camp avait sa friperie gratuite, dans laquelle les gens pouvaient se servir parmi une myriade d'objets mis à disposition du public, gratuitement donc. Après l’accalmie des célèbres contestataires, le concept a survécu, grâce à trois étudiants espagnols.

"Le concept existe en Espagne et dans certains pays de l'Amérique latine. Les trois étudiants, dont deux sont rentrés chez eux , ont souhaité l'implanter à Bruxelles", explique Sophie, qui fait partie du collectif.

Concrètement, comment ça se passe ? "L'idée, c'est que des personnes viennent proposer plein de choses, dont ils veulent se débarrasser", explique Sophie. Les passants sont invités à venir se servir, sans contrepartie. Sophie insiste : il ne s'agit pas de faire du troc. On trouve principalement des vêtements, mais aussi des livres, quelques meubles et autres objets de décoration et "même un vélo". Le but de tout cela ? "Pouvoir partager l'abondance mais aussi créer des rencontres", explique Sophie.

Le marché gratuit a commencé dans le quartier du Cimetière d'Ixelles, l'année passée, puis à Flagey pendant d'hiver dernier. Le dixième a eu lieu à la place Bethléem à Saint Gilles, au début du mois d'août.

Quant au public, (aussi bien celui qui "donne" autant que celui qui "reçoit"), il est à l'image de Bruxelles : diversifié. "Il y a une véritable mixité sociale et culturelle. Lors de la dernière édition, il y a même une parlementaire qui a déposé des affaires à donner. Mais il y a aussi des gens nécessiteux ou issus de la classe moyenne", ajoute-t-elle. Sophie se réjouit de l'adhésion du public. "Les gens comprennent le sens, trouvent ça beau. Et chacun a sa raison de venir : donner des objets, s'en procurer ou tout simplement par curiosité"

Loin de la mode "vintage"

Mais quel est le moteur de cette initiative ? Après tout, c'est dans l'air du temps : recycler, réutiliser, faire du neuf avec du vieux pour être "in". Mais loin de cette vogue, les marchés gratuits ont une toute autre visée, qui est "peut-être utopiste", reconnait Sophie, mais qui ne se situe pas sur le même plan que le vintage et son effet "mode". "On n'a pas l'habitude de recevoir gratuitement, dans nos sociétés. Ce qu'on prend au marché gratuit, c'est autant de choses que l'on ne va pas acheter en magasin". Vous l'aurez compris : les marchés gratuits se veulent un pied de nez à la consommation effrénée.

"Il y a aussi une idée politique, celle de réinvestir l'espace public". Car aux débuts, le marché s'installait spontanément sur les places et autres endroits publics. Mais depuis que la police a débarqué à la place Flagey, le collectif s'est résolu à faire ce qu'il faut pour s'éviter les ennuis et avoir les autorisations nécessaires pour ce type d’événements. "Le plus important, c'est de favoriser le Marché plutôt que d'aller à l'encontre de l'autotiré", insiste Sophie.

Quant à ceux qui n'y voient qu'une initiative "alternative", Sophie répond qu'il faut bien commencer quelque part, qu'une action comme les marchés gratuits permet de sortir de l'engrenage de l'inaction. "On a vraiment l'impression d'agir. On accomplit des actions qui peuvent changer les choses".

Et toujours dans l'optique écologique, les marchés gratuits ne laissent rien sur leur passage. C'est la seule contrainte : les "invendus" (ou les "impris", donc), doivent être récupérés par leurs propriétaires. "On met un point d'honneur à remettre la place en l'état, propre, comme avant le passage des exposants".

Pour plus d'infos, la page Facebook des Marchés gratuits : http://on.fb.me/1bWbFF0


MIXCITY 2013 - Sous la jupe des Bruxelloises : string ou caleçon ?

"Je suis pour l'égalité de l'homme et de la femme, mais tout en restant femme"

Quand je m'approche de cette femme qui vend des fruits, je sens que je suis à deux pas d’en tenir une. Ce qu’on appelle une « femme émancipée »… "A vingt ans, on est au top. A quarante ans, ça commence à descendre et un mec est toujours prêt à vous échanger contre deux de vingt, c'est comme ça", me lance Christiane. Une rencontre-vérité "sous les jupes" des Bruxelloises agrémentée d’une salade de fruits. A déguster sans modération !

A Bruxelles, on en voit des femmes! On voit des grandes, des petites, des grosses, des minces, des maigres. On voit des rousses, des brunes, des blondes. Il y a aussi des folles, des sages et des … "qui ont passé la barre des quarante ans". Christiane fait partie de celles-là.

Quand je lui dis que je cherche une femme émancipée à Bruxelles, elle me répond d'une voix rauque et essuyée par la cigarette: "Houla, vous êtes tombé sur la bonne personne, je crois, parce que plus émancipée que moi, ça va être dur". En effet, la belle marchande de fruits n'a pas l'air soumise pour un sou.
Elle a nommé ses deux filles Fauve et Féline, mais pour ce que j'en ai constaté, c'est elle qui tient le plus de la panthère. "Je suis pour l'égalité de l'homme et de la femme, mais tout en restant femme" souligne-t-elle en clignant des yeux et en avançant son épaule vers moi de façon fort subtile. "Les jeunes femmes doivent compter sur elles-mêmes". "Par les temps qui courent, elles doivent tout faire pour n'avoir besoin de personne, c'est plus safe" rétorque-t-elle alors que je lui demande quelques conseils.

Christiane ne semble avoir aucune illusion. Pourtant, si son discours paraît dur, cela ne reflète pas la vie qu'elle a. Facilités à l'étranger, liberté au travail comme à la maison, un mari plus jeune qu'elle de dix ans,  cette femme continue de compter sur les hommes même si elle n’a plus rien à leur devoir. Au moins pour faire la comptabilité de son entreprise et pour ranger sa charrette -trop lourde pour elle seule.

D’un seul coup, j’ai l’impression d’avoir trouvé un bel exemple vivant illustrant la thématique de l’égalité entre hommes et femmes très en vogue pour le moment.Moi qui suis peu sensible au sujet d’actualité mais qui aime réfléchir, je ne peux m’empêcher de me demander si l’égalité entre les genres pourrait se traduire spontanément et simplement par un échange de bons procédés dépourvus de connotations ?

A méditer donc…

Et quand la marchande conclut, elle le fait avec générosité: " Tiens, je vais te faire un panier de fruits avec des cerises, des pêches et des raisins pour la semaine". Merci Christiane et longue vie aux femmes émancipées qui apprécient la compagnie des hommes libérés !


MIXCITY 2013 - De l'homo sapiens à l'homo cyclus

Article 5 - La circulation bruxelloise saturée ? Par Alessio De Laurentiis

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Chaque jour de semaine, la ville de Bruxelles augmente sa population de 350.000 personnes. Des travailleurs qui se rendent dans la capitale et utilisent les différents moyens de locomotion. Ce sont là les conclusions d'une recherche menée par la Conférence Permanente du Développement Territorial (CPDT). A cette population s’ajoute les navetteurs wallons et flamands qui parcourent quotidiennement 14 millions de kilomètres pour se rendre au centre du pays. Même les taxis sont pris au piège.


Une fois arrivés aux portes de Bruxelles, les navetteurs doivent encore atteindre leur destination finale. Une palette de possibilités existe et pourtant les axes bruxellois sont saturés un peu plus chaque jour. Les chauffeurs de taxis se sont d’ailleurs dernièrement rassemblés pour obtenir une augmentation du nombre de places réservées et l’accès à tous les sites propres des transports en commun.
Certains évoquent le REB (Réseau Express Bruxellois) comme solution miracle. Beau sur papier mais encore au stade de concept. S’il voit le jour, ce réseau devrait relier les différentes gares sous utilisées de la région.


Finalement, cet engorgement semble donner des ailes au vélo comme moyen de déplacement dans la capitale. Sujet qui sera traité dans notre prochain article. A suivre…

Crédits photo : PhotoXPress
 


MIXCITY 2013 - Bruxelles Récupération

Article 4 - "La foire aux savoir-faire" par Marie-Aude Calvagna - 16/08/2013

Une belle bande de "foireux"

A la foire aux savoir-faire, il n’est pas question de vendre ou d’acheter, mais plutôt d’apprendre et de partager. C’est toute la philosophie du projet qui s’égrène à chaque atelier : penser une nouvelle manière de vivre en favorisant les rencontres et sa créativité.

Et si ça vous tente, sachez que chacun peut devenir un « Foireux ». Mais késako ?  

Damien Lesca, le coordinateur de l’asbl, explique que « la foire aux savoir-faire organise chaque mercredi soir, en alternance, des ateliers coutures et retouches, ainsi que d’autres axés sur le bricolage et la récupération. » Cet été, la couture a été mise de côté. Plusieurs projets sont aux programmes, comme, notamment, une éolienne réalisée à partir de ventilateur d’ordinateur.

Mais la récup’ à quoi ça sert ? « Le but est de montrer un savoir-faire, de mettre à disposition un lieu et des ressources plutôt que d’acheter. On utilise exclusivement des objets de seconde main. On collabore également avec l’Armée du salut : ce qui n’est pas vendu là-bas est utilisé lors des ateliers », poursuit Damien. « Il y a aussi des échanges d’idées et de bons-plans entre les foireux ».

Un foireux, c’est quiconque participe à la foire aux savoir-faire. « Ce sont des personnes du quartier. Il y a beaucoup d’habitués et certains viennent pour un atelier en particulier. On reçoit des jeunes et des pensionnés. Les familles viennent plutôt le samedi matin pour l’atelier cuisine. Il nous est arrivé aussi de travailler avec des écoles. »

En effet, l’asbl ne se limite pas qu’aux ateliers du mercredi. Une grande foire annuelle est organisée en juin, et au fil du temps, l’idée est venue de répéter l’expérience pour Noël. Les foireux sont aussi présents lors d’autres évènements comme le festival Esperanzah ou les fêtes de la soupe.

Un autre mode de vie

On pourrait se dire que la foire aux savoir-faire n’est finalement qu’une initiative de plus pour récupérer des objets. En vogue depuis les années 90, le « vintage » fait de nombreux adeptes. Il s’agit d’acheter de vieux modèles un peu rétro, généralement, de vêtements, sur des marchés ou dans des boutiques spécialisées. 

Damien fait une distinction : « le vintage nourrit des idées pour nos ateliers. C’est une forme de récupération. Mais la différence avec la foire aux savoir-faire est qu’ici on n’a pas besoin d’acheter pour créer. Dans notre société, la valeur donnée à un objet dépend de son prix d’achat. La représentation de soi joue un rôle dans tout ça. On dirait que l’Homme n’a pas confiance en sa capacité à faire du mieux. »  

L’Homme est donc à la fois le problème et la solution. Face à l’acte d’achat, les foireux ressemblent aux irréductibles gaulois dont la potion magique est faite de bric, de broc et d’une bonne dose de remise en question.

Les ateliers de la Foire aux savoir-faire

Couture/Récupération : Rue du trône 95 à Ixelles, les mercredis de 18 à 21h

Cuisine : La ferme du parc Maximilien, Quai du Batelage à 1000 Bruxelles, les samedis matin.

 

 


MIXCITY 2013 - Eldorado EU

Article 3 - "Dans l’ombre des Eurodéputés" par Tim Kaiss - 15/08/2013

Andrea est belge. Stagiaire au Parlement européen, les contribuables (vous et moi) des vingt-huit état-membres de l’Union lui versent ensemble un salaire de 1500 euros net par mois. C’est ainsi du moins qu’Andrea considère que son salaire lui parvient. On est loin de l’Eldorado qu’imaginent les Bruxellois.

Pour l’Europe, la petite femme de vingt-huit ans et d’un mètre soixante-cinq travaille, travaille et travaille encore. Et quelle passion dans ses yeux ! Etudiante de Paul Magnette (Président du PS) en « Etudes Européennes » à l’ULB ,  associée à une mission pour Céline Frémault (Ministre bruxelloise de l’économie - CdH) dans le cadre de la lutte contre l’exploitation des femmes en Europe, engagée volontairepour diverses ONG européennes (Cat Onlus, Médecins pour les Droits de l’Homme,…) , Andrea s’inquiète sérieusement de la suite de la construction européenne car elle le dit elle-même,  « Ça manque de transparence, d’ouverture et de participation des citoyens européens ».

L’Europe cette patate chaude

Andrea ne fait pas la morale, elle n’oserait la faire à personne. Modeste, elle travaille dur et dans l’ombre. Elle préfère qu’on ne sache pas qui elle est parce qu’au-dessus d’elle semble flotter une épaisse couche de nuages qu’elle appelle elle-même « ça»… L’Europe en définitive.

« L’Europe, c’est comme une patate chaude », me dit-elle. On se la refile quand ça ne va pas. On préfère en parler mal plutôt que de s’y intéresser et d’en améliorer le fonctionnement. Quand Andrea  dit que ça «manque de participation », je traduis le fond de sa pensée ainsi. Ca manque de mobilisation !

L’année prochaine, en 2014, nous serons censés voter pour élire les nouveaux eurodéputés du Parlement. Alors, qu’avez-vous pensé du mandat presque terminé des eurodéputés actuels, vous ont-ils convaincus ou vous en êtes-vous désintéressés –comme d’habitude- parce qu’après tout, on y comprend rien à ce brol européen?

Si vous avez répondu positivement à la seconde proposition, j’en suis fort marri, mais on peut toujours y remédiez, vous verrez qu’avec un peu de temps et de courage, nous pouvons la bâtir cette Europe.


MiXCITY 2013 - Bruxelles gayfriendly ?

Article 2 - Pas pour la minorité black. Par Cédric Blanckaert - 14/08/2013

On parle de minorité homosexuelle. On parle de minorité africaine. Quand on cumule les deux, l’addition est sans appel. Rencontre avec un géographe qui a étudié le phénomène.

Bruxelles, ville gayfriendly. C’est en tout cas la vision qu’on a généralement de la capitale. Un quartier gay, des associations, une pride et même un parcours touristique et hôtelier organisé autour du drapeau arc-en-ciel. Quand on interroge les acteurs de terrain, cette vision est confirmée. Bruxelles est loin d’être l’enfer pour les homosexuels au sens large du terme. Pourtant, les événements du week-end dernier lors du Brussels Summer Festival et l’agression dont aurait fait l’objet un couple gay par les forces de polices bruxelloises donne un point de vue contrasté et sans mauvais jeux de mots, tout n’est pas si rose.

Minorité victime d’une autre minorité

C’est également le constat posé par Koessan Gabiam. Ce géographe de formation a étudié la minorité homosexuelle d’origine africaine à Bruxelles. Par le biais d’internet, de chambres de discussions et d’enquête sur le terrain, il a pu cartographier cette communauté et dresser un bilan de la possibilité de vivre son homosexualité au quotidien quand on est issu d’une minorité. Une minorité dans la minorité victime le plus souvent d’une autre minorité. "En-dehors des deux rues du quartier gay, c’est parfois compliqué. J’ai reçu divers témoignages d’hommes qui s’embrassent place Anneessens ou au Mont des Arts et qui sont les victimes d’agressions verbales ou physiques de la part de membres d'autres communautés étrangères". Pour ne pas envenimer les choses, la plupart font demi-tour ou évite toute démonstration amoureuse. Certes, il ne faut pas généraliser mais on peut s’interroger sur ces réprimandes plus ou moins violentes d’une minorité envers une autre. Avec pour conséquence, un internet qui devient le moyen de rencontre par excellence pour la minorité black bi-gay. Ce qui minimise les risques d’agressions homophobes et permet aussi un certain anonymat. Autre exemple frappant, celui de ce réfugié sexuel Camerounais qui pensait pouvoir vivre sa sexualité en toute liberté à Bruxelles. Même si la situation dans son pays d’origine n’est pas comparable, il est loin du paradis qu’il avait imaginé. « Il y a aussi un problème de réputation. Les black gays sont assimilés à des relations intéressées, à des personnes peu fiables. » (extraits et commentaires sur l’étude ici )

Homo-négativité

Autre phénomène pointé par l’auteur, ce qu’il appelle l’homo-négativité. « Une étude menée en Norvège a démontré que la tolérance envers les homosexuels, c’est ce qu’on veut bien donner à une minorité en tant que majoritaire. » Dès lors, la minorité reste ne marge de la norme. « Quand on interroge les élèves suédois, il estime qu’il n’y a pas de futur si on est homo. Il n’y a donc pas d’intégration sociétale. On a voté une loi au nom de la tolérance mais pas de l’égalité. »
Chez nous, on ne peut nier les avancées significatives quand à l’acceptation des différentes orientations sexuelles. Bruxelles, en tant que capitale européenne moderne est à la pointe. Et pourtant, on parle encore de ce fameux coming-out. Doit-on déclarer ouvertement que l’on est hétéro ? La sexualité entre adultes consentants n’est-elle pas le jardin secret de tout un chacun ? Concept marketing pour certain, revendication nécessaire pour d’autres, l’homosexualité se vit avant tout, ou plutôt tente de se vivre. Un jour peut-être, elle deviendra banale. C’est à ce moment-là qu’on pourra dire vraiment qu’elle est acceptée.

 


MIXCITY 2013 - La Bruxelloise : string ou caleçon ?

Article 1: Briser le plafond de verre par Amal Azaitraoui - 13/08/2013

Dans le monde du travail, le terme «dirigeant» se conjugue encore trop souvent au masculin. Les femmes, elles, brillent toujours par leur absence des sommets hiérarchiques des entreprises. Le phénomène du plafond ce verre demeure une réalité aussi invisible que récalcitrante. 

Dans le milieu du travail, à Bruxelles comme ailleurs, c'est toujours "le pouvoir aux hommes". Si ce slogan peut paraître anachronique pour certain(e)s, il demeure une réalité largement répandue. Bien que les femmes aient accès à (presque) tous les secteurs professionnels, elles occupent très rarement le sommet de la hiérarchie dans leur métier.

Les chiffres en témoignent : en Belgique, il y a environ 7% de femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises. Moins de la moitié de ces entreprises comptent une ou plusieurs femmes au sein de leur conseil d'administration, ce qui signifie que la majorité des grandes entreprises belges ont des conseils administratifs exclusivement masculins.

Cette réalité porte un nom : le plafond de verre. "Cest une sorte de plafond invisible, auquel se confrontent les femmes, lorsqu'on constate que ces dernières peuvent être aussi compétentes, performantes et diplômées que les hommes, mais ne seront pas à des postes de responsabilités", explique Valérie Lootvoet, directrice de l'Université des femmes, située à Schaerbeek, qui cherche à diffuser et développer les recherches liées au féminisme et aux femmes. Elle constate que le plafond de verre est également présent là où ne le soupçonne pas, comme dans le milieu académique. "Même dans les métiers dits féminins, comme infirmière, par exemple . Lorsqu'il y a un homme dans l'équipe, il est souvent chef".

Pour la directrice de l'Université des femmes, le plafond de verre a une origine multifactorielle et structurelle, basée sur le postulat de la domination masculine. "Les hommes dominent dans la sphère économique, politique et même symbolique", s’insurge la jeune chercheuse. Quant à l’argument psychologique pour expliquer le plafond de verre, Valérie Loodvoet le rejette pleinement. "Cela reviendrait à dire que si les femmes sont discriminées, c'est de leur faute".

Conscientiser plutôt que des quotas

C'est donc tout le modèle de l'organisation du travail et même de la société qu'il faudrait réformer, selon elle, pour s'approcher au plus du "modèle nordique, bien plus démocratique, avec des politiques influencées par le féminisme. Ça se traduit dans les lois et dans l'organisation du travail", ajoute-t-elle.

Mais avant tout, pour se faire entendre, Valérie Lootvoet pense que les femmes doivent se réunir et surtout s'unir. "Aujourd'hui, on tente de dire que l'égalité est là. Pourtant si les femmes étaient conscientisées à ces problèmes d'égalité, elles sauraient ce qu'il faut faire". Quid de la solution des quotas dans les milieux professionnels ? "Je suis mitigée. Une femme conscientisée vaut mieux que dix femmes "masculinistes"". Mais si on arrive à avoir 30% de femmes dans les postes importants d'une structure, on obtient un effet de masse qui fera que les femmes se feront entendre".

Pas de talons aiguilles!

Si le terme "plafond de verre" est une métaphore plutôt éloquente, il est des entreprises où ce plafond est en béton armé. Frédérique l'a expérimenté dans l'entreprise où elle travaille actuellement. La trentaine à peine entamée, un tempérament franc, joyeux et un sens inné du contact, Frédérique a la communication facile. Après des études en communication et en langues, elle arrive sur le marché du travail à Bruxelles en 2008, en pleine crise économique. Après quelques petits boulots, elle rejoint le promoteur immobilier où elle travaille toujours actuellement. "Un milieu d'hommes", dit-elle, qu'elle intègre  "par nécessité". Parmi la dizaine de managers que compte la boite, il n'y a qu'une seule femme.

Dès l'entretien d'embauche, Frédérique s'est laissée entendre qu'il ne servait à rien d'espérer évoluer au sein de l'entreprise et que ses tâches seront d'ordre administratif. "Je sais que ce n'est pas mon domaine. Mais c'était surtout pour avoir de l'expérience", justifie la jeune femme. Après quatre ans au même poste, elle ambitionne aujourd'hui de trouver un emploi dans les relations publiques.

"Je veux évoluer, j'ai fait des études pour pouvoir être à un poste de responsabilité". Ce qui motive Frédérique à envisager un changement de carrière ? Le manque de perspective mais aussi les manifestations du "machisme ordinaire", comme par exemple ces notes de services envoyées aux employé(e)s pour leur rappeler d'éviter les talons aiguilles, "qui abîmeraient le parquet", ou encore les directives vestimentaires à l'approche de l'été, "comme si on allait se dénuder parce qu'il fait chaud".

Malgré des tentatives encore balbutiantes pour approcher l'égalité au sein des entreprises, souvent encore, pour espérer briser le plafond de verre, mieux vaut être une dame de fer.

 

 

 


MIXCITY 2013 – informations générales

Contenu : Genèse et ambitions

Au départ, MIXCITY était un projet pilote qui par le biais du secteur associatif, a permis à des jeunes adultes de s'exprimer sur des rencontres vécues en tant que volontaire dans le cadre d'immersions précises.

Durant deux années, nous avons donc cherché à mettre en lumière des témoignages authentiques sur la découverte des uns et des autres à travers le circuit des associations œuvrant au service de la collectivité.

Notre but, à l'époque, était de créer une synergie innovante entre le travail social exécuté dans l'ombre au quotidien et la création d'un projet de communication citoyen facilement diffusable et adapté aux nouvelles technologies, d'où la réalisation d'un format de documentaires de courte durée.

Bien que certaines vidéos aient marqué les esprits, nous avions l'impression d'être passé à côté d'une création qui pouvait accueillir plus d'énergies, d'univers, de sens critique. Bref, une création plus percutante et fédératrice.

Suite à notre dernière évaluation, nous avons développé un nouveau cadre pour faire émerger de nouveaux talents afin, d'une part, de permettre à de futur(e)s journalistes de mettre en avant leur propre personnalité (et notamment, de donner plus de visibilité aux femmes du métier) et, d'autre part, d'offrir au grand public, des informations sur des sujets de proximité, réalisés avec pertinence, positivisme, et pourquoi pas, avec humour.

Avec cette nouvelle version, nous portons l'espoir de produire un projet d'informations qui se distinguera par sa qualité de contenu, son approche originale et sa mise en forme esthétique à définir, au-delà de notre campagne de communication diffusée en amont. Bref, tout reste à faire…

Pour plus de détails, dirigez-vous sur la page infos incluse sur ce site ou télécharger le communiqué de presse prévu à cet effet.

Le début du projet est prévu pour le 1er juillet 2013. Les premiers articles seront postés dans le courant du même mois.

Je reste à votre disposition pour plus d'informations.

Au plaisir,